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Qu’est-ce qu’une guerre juste

Par Alain Pilote Religion / questions morales

Alain Pilote

Le Catéchisme de l’Église catholique (CEC), au n. 2309, définit les conditions pour qu’une guerre soit justifiée, ou qualifiée de «juste», les seules guerres permises sont celles qui impliquent la légitime défense:

«Il faut considérer avec rigueur les strictes conditions d’une légitime défense par la force militaire. La gravité d’une telle décision la soumet à des conditions rigoureuses de légitimité morale. Il faut à la fois:

-Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain. -Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces. -Que soient réunies les conditions sérieuses de succès. -Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition.

Ce sont les éléments traditionnels énumérés dans la doctrine dite de la «guerre juste». L’appréciation de ces conditions de légitimité morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun.» Donc, selon le Catéchisme de l’Église catholique, faire la guerre à l’Iran pour l’empêcher d’obtenir l’arme nucléaire (ce qu’on appellerait dans ce cas une guerre préventive) ne peut pas être qualifié de guerre juste.

Le critère décisif du CEC, au n. 2309, est: «La gravité des dommages infligés par l’agresseur doit être durable, grave et certaine.» Une menace potentielle, future, ou hypothétique (comme un programme nucléaire) ne constitue pas une agression armée réelle et certaine. De plus, la possession ou la possible acquisition d’une arme nucléaire n’est pas un motif de guerre (casus belli). Le CEC ne considère jamais la possession d’armes, ni la capacité militaire, ni un programme nucléaire, comme une agression armée. La doctrine catholique condamne la prolifération nucléaire, mais ne permet pas d’attaquer un pays pour l’empêcher d’en avoir.

Aussi, le critère du «dernier recours» n’est pas rempli. Pour qu’une guerre soit juste, il faut que toutes les solutions non violentes aient été épuisées: diplomatie, inspections, sanctions, médiation internationale, dissuasion. Dans le cas de l’Iran, il existe toujours des alternatives non militaires. Donc, le «dernier recours» n’est pas atteint.

Finalement, le critère de proportionnalité rend la guerre encore moins justifiable. Le CEC exige que «l’usage des armes ne produise pas des maux plus graves que le mal à éliminer.» Une guerre contre l’Iran, un État de 90 millions d’habitants, dans une région explosive, avec risque d’escalade nucléaire ou régionale produirait presque certainement des maux plus graves que la menace qu’elle prétend prévenir.

Alain Pilote, rédacteur
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