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| Léon XIV devant le sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire de Pompéi |
À l’occasion du premier anniversaire de son élection comme pape, Léon XIV s’est rendu au sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire de Pompéi, près de Naples, en Italie. La première pierre du sanctuaire fut d’ailleurs posée il y a exactement 150 ans, le 8 mai 1876, par son fondateur, saint Bartolo Longo (voir Vers Demain de janvier-février 2025), canonisé en octobre 2025 par le pape Léon XIV.
C’est aussi le 8 mai que, chaque année, des dizaines de milliers de fidèles affluent vers la ville pour assister à la pratique dévotionnelle de la supplication à Notre-Dame de Pompéi, qui se compose essentiellement de la prière du rosaire et de celle écrite en 1893 par saint Bartolo Longo, destinée en particulier à favoriser la paix dans le monde. Voici de larges extraits de l’homélie du Saint-Père :
par Léon XIV
Il y a exactement un an, lorsque le ministère de Successeur de Pierre m’a été confié, c’était précisément le jour de la Supplique à la Vierge, cette très belle journée de la Supplique à la Vierge du Saint Rosaire de Pompéi! Je devais donc venir ici, placer mon service sous la protection de la Vierge Sainte. Le fait d’avoir ensuite choisi le nom de Léon me place sur les traces de Léon XIII, qui eut, entre autres mérites, celui d’avoir développé un vaste Magistère sur le Saint Rosaire (Léon XIII a écrit 11 encycliques spécifiquement consacrées au Rosaire). À tout cela s’ajoute la récente canonisation de saint Bartolo Longo, apôtre du Rosaire. Ce contexte nous donne une clé pour réfléchir à la Parole de Dieu que nous venons d’entendre.
L’Évangile de l’Annonciation nous introduit au moment où le Verbe de Dieu se fait chair dans le sein de Marie. De ce sein rayonne la Lumière qui donne son plein sens à l’histoire et au monde. La salutation que l’ange Gabriel adresse à la Vierge est une invitation à la joie: «Réjouis-toi, comblée de grâce» (Lc 1, 28; cf. So 3, 14). Oui, le Je vous salue Marie est une invitation à la joie: il dit à Marie, et en elle à nous tous, que sur les ruines de notre humanité éprouvée par le péché, et donc toujours encline aux prévarications, aux oppressions et aux guerres, est venue la caresse de Dieu, la caresse de la miséricorde, qui revêt en Jésus un visage humain.
Marie devient ainsi Mère de la miséricorde. Disciple de la Parole et instrument de son incarnation, elle se révèle vraiment la «pleine de grâce». Tout en elle est grâce! En offrant au Verbe sa propre chair, elle devient aussi, comme l’enseigne le Concile Vatican II à la suite de saint Augustin, «Mère des membres [du Christ]... ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont les membres de ce Chef» (Constitution dogmatique Lumen gentium, n. 53). Dans le «Me voici» de Marie naît non seulement Jésus, mais aussi l’Église, et Marie devient à la fois Mère de Dieu — Theotokos — et Mère de l’Église.
Grand mystère! Tout se réalise dans la puissance de l’Esprit Saint, qui couvre Marie de son ombre et rend fécond son sein virginal. Ce moment de l’histoire possède une douceur et une puissance qui attirent le cœur et le portent à cette hauteur contemplative où germe la prière du Saint Rosaire. Une prière, née et développée progressivement au cours du deuxième millénaire, qui plonge ses racines dans l’histoire du salut, et qui trouve précisément comme un prélude dans le salut de l’Ange à la Vierge. «Je vous salue, Marie!» La répétition de cette prière dans le Rosaire est comme l’écho du salut de Gabriel, un écho qui traverse les siècles et guide le regard du croyant vers Jésus, vu avec les yeux et le cœur de sa Mère. Jésus adoré, contemplé, assimilé dans chacun de ses mystères, afin que nous puissions dire avec saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 19).
Précédé par la proclamation de la Parole de Dieu, inséré entre le Notre Père et le Gloria, le Je vous salue Marie qui se répète dans le Saint Rosaire est un acte d’amour. N’est-il pas propre à l’amour de répéter sans se lasser: «Je t’aime»? C’est un acte d’amour qui, sur les grains du chapelet, comme on le voit bien dans le tableau marial de ce Sanctuaire, nous fait remonter vers Jésus et nous conduit à l’Eucharistie, «source et sommet de toute la vie chrétienne» (Lumen gentium, n. 11).
Saint Bartolo Longo en était convaincu lorsqu’il écrivait: «L’Eucharistie est le Rosaire vivant, et tous les mystères se retrouvent dans le saint Sacrement sous une forme active et vitale». Il avait raison. Dans l’Eucharistie, tous les mystères de la vie du Christ se retrouvent, pour ainsi dire, concentrés dans le mémorial de son sacrifice et dans sa présence réelle. Le Rosaire a une physionomie mariale, mais un cœur christologique et eucharistique (cf. Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, n. 1). Si la Liturgie des Heures rythme les temps de la louange de l’Église, le Rosaire rythme le mouvement de notre vie en la ramenant sans cesse à Jésus et à l’Eucharistie.
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Des générations de croyants ont été formées et préservées par cette prière, simple et populaire, et en même temps capable d’élévations mystiques et dépositaire de la théologie chrétienne la plus essentielle. Qu’y a-t-il en effet de plus essentiel que les mystères du Christ, que son saint Nom, prononcé avec la tendresse de la Vierge Marie? C’est en ce Nom, et en aucun autre, que nous pouvons être sauvés (cf. Ac 4, 12). En le répétant dans chaque Je vous Salue Marie, nous faisons en quelque sorte l’expérience de la maison de Nazareth, comme si nous entendions à nouveau la voix de Marie et de Joseph durant les longues années où Jésus vécut avec eux.
Nous faisons aussi l’expérience du Cénacle, où les Apôtres, avec Marie, attendirent l’effusion de l’Esprit Saint. C’est ce que nous a montré la première Lecture. Comment ne pas penser que, durant ce temps entre l’Ascension et la Pentecôte, Marie et les Apôtres rivalisaient pour se souvenir des différents moments de la vie de Jésus? Aucun détail ne devait leur échapper! Tout devait être rappelé, assimilé, imité. Ainsi naît le chemin contemplatif de l’Église, dont le Rosaire, à l’image de l’Année liturgique, offre la synthèse dans la méditation quotidienne des saints Mystères. Le Rosaire a été considéré à juste titre comme un résumé de l’Évangile, que saint Jean-Paul II a voulu compléter par les Mystères lumineux. Cette dimension fut également très vive chez saint Bartolo Longo, qui offrit aux pèlerins de profondes méditations afin de soustraire le Saint Rosaire à la tentation d’une récitation mécanique et de lui assurer le souffle biblique, christologique et contemplatif qui doit le caractériser.
Sœurs et frères, si le Rosaire est «prié» et, j’oserais dire, «célébré» de cette manière, il devient aussi, par voie de conséquence naturelle, source de charité. Charité envers Dieu, charité envers le prochain: deux faces d’une même médaille, comme nous le rappelait la deuxième Lecture, tirée de la première Lettre de saint Jean, qui se concluait par cette exhortation: «N’aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en vérité» (1 Jn 3, 18). C’est pourquoi saint Bartolo Longo a été apôtre du Rosaire et, en même temps, apôtre de la charité. Dans cette Cité mariale, il accueillit des orphelins et des enfants de prisonniers, manifestant la force régénératrice de l’amour. Ici, encore aujourd’hui, les plus petits et les plus faibles sont accueillis et pris en charge dans les Œuvres du Sanctuaire. Le Rosaire oriente le regard vers les besoins du monde, comme le soulignait la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, en proposant particulièrement deux intentions qui demeurent d’une actualité pressante: la famille, qui souffre de l’affaiblissement du lien conjugal, et la paix, mise en danger par les tensions internationales et par une économie qui préfère le commerce des armes au respect de la vie humaine.
Lorsque saint Jean-Paul II proclama l’Année du Rosaire (d’octobre 2002 à octobre 2003) — l’année prochaine en marquera le vingt-cinquième anniversaire —, il voulut la placer d’une manière spéciale sous le regard de la Vierge de Pompéi. Depuis lors, les temps ne se sont pas améliorés. Les guerres qui se combattent encore dans tant de régions du monde exigent un engagement renouvelé, non seulement économique et politique, mais aussi spirituel et religieux. La paix naît dans le cœur. Ce même Souverain Pontife, en octobre 1986, avait rassemblé à Assise les responsables des principales religions, invitant tous à prier pour la paix.
En diverses occasions, y compris récemment, le Pape François et moi-même avons demandé aux fidèles du monde entier de prier à cette intention. Nous ne pouvons pas nous résigner aux images de mort que l’actualité nous présente chaque jour. Depuis ce Sanctuaire, dont la façade fut conçue par saint Bartolo Longo comme un monument à la paix, nous élevons aujourd’hui avec foi notre Supplique. Jésus nous a dit que la prière faite avec foi peut tout obtenir (cf. Mt 21, 22). Et saint Bartolo Longo, en pensant à la foi de Marie, la définit de «toute-puissante par grâce». Par son intercession, que vienne du Dieu de la paix une effusion surabondante de miséricorde, qui touche les cœurs, apaise les rancœurs et les haines fratricides, et éclaire ceux qui ont des responsabilités particulières de gouvernement.
Frères et sœurs, aucune puissance terrestre ne sauvera le monde, mais seulement la puissance divine de l’amour, cette puissance divine de l’amour que Jésus, le Seigneur, nous a révélée et donnée. Croyons en Lui, espérons en Lui, suivons-Le!